Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
portrait articles revue de presse
interventions exposés contact  
 

Paru dans 24 Heures le 20 fév. 2013

Une naissance bouleverse la vie des parents, et l’Etat n’y changera rien.

Vous décidez d’acheter un chien et vous vous renseignez sur Internet : vous êtes immédiatement inondé d’appels à la « responsabilité ». Vous lirez : « un chien a besoin d’amour et d’attention », « il ne doit pas être seulement un animal qu’on nourrit deux fois par jour », « vous vous engagez dans une relation intense et durable » etc., etc.

Très curieusement, lorsqu’il est question de politique familiale, ce discours de responsabilité devient totalement absent. On ne vous parle que de la liberté et de l’épanouissement des parents. Par son article constitutionnel sur la famille, la Confédération entend « donner la possibilité aux familles de s’organiser comme elles le souhaitent » (Alain Berset, La Première, 11 février 2013).

Mon propos n’est pas de savoir si l’article constitutionnel sur lequel nous votons le 3 mars est opportun ou non. Mais de dénoncer l’illusion qu’il entretient : il devrait être possible, grâce à l’Etat, de mettre au monde des enfants sans rien changer à son projet de vie personnelle et professionnelle. Cette illusion est une tromperie.

On ne met pas un enfant au monde gratuitement. Une naissance bouleverse la vie des parents, et l’Etat n’y changera rien. Ceux qui ont la joie de devenir père ou mère – et c’est probablement le plus grand bonheur d’une vie – voient leur existence transformée. L’enfant empiète sur la vie de ses parents, laquelle ne se limite pas au travail : on ne travaille que 8 heures par jour, 5 jours par semaine et 48 semaines par an. Tout le reste, les loisirs, les week-ends, les vacances, le repos, tout ce temps aussi va devoir être partagé avec l’enfant. Je suis toujours choqué par ces jeunes pères qui ne peuvent se priver du football avec des copains le dimanche matin, ou ces mères qui ont tellement besoin de leur tennis le samedi après-midi… Sans parler de ces vacances en club dans lesquelles ont laisse les gentils organisateurs s’occuper des enfants du matin au soir.

Nos sociétés peuvent certes mettre à la disposition des parents des structures d’accueil qui, pendant quelques heures, leur permettront de se décharger de leurs enfants. Mais ces structures ne les déchargent pas d’une responsabilité permanente et durable à l’endroit des enfants qu’ils ont mis au monde.

La naissance d’un enfant attente toujours à la liberté de ses parents. Une naissance impose toujours une part de renoncement : renoncement à une carrière professionnelle ou à un hobby, parfois renoncement à un projet politique ou culturel. A défaut, c’est l’enfant qu’on sacrifie. Les parents responsables le savent, et aucun ne regrette les « sacrifices » consentis pour ses enfants. C’est en affirmant ces évidences et non en les niant qu’on peut construire une vraie politique familiale. Ne laissons pas les futurs parents espérer qu’une naissance ne leur coûtera rien et que la société s’occupera de tout. On ne le fait pas pour un chien.

Jacques-André Haury
Député vert’libéral




 

Article récent


Suite...



 
    vert'libéraux