Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  OPINIONS

Paru dans L'hebdo le 5 nov. 2009

Le redoublement est une chance offerte aux élèves en difficulté. Les enseignants le savent bien. Dans les rares cas où ils proposent le redoublement, ils considèrent que les lacunes accumulées par un élève sont telles qu’il a besoin d’un temps supplémentaire. Il faut évidemment que le redoublement soit accompagné d’appuis ciblés sur les lacunes constatées : replacer un élève une année de plus devant les mêmes fiches qu’il ne comprend pas n’a évidemment aucun sens. Mais prétendre qu’un élève faible parviendra, l’année suivante, même avec des appuis ciblés, à rattraper son retard tout en acquérant les matières nouvelles relève souvent de la mauvaise foi. 
 
 
Interdire le redoublement : un dogme idéologique !

Alors, comment peut-on en venir à interdire le redoublement ? 
Passons d’abord sur l’argument financier, qui est odieux ! Bien sûr qu’un enfant en difficulté coûte plus cher, mais personne ne l’a jamais contesté.
Le redoublement s’inscrit dans le cadre d’un enseignement progressif, qui entend fonder les connaissances sur des bases solides, progressivement complétées. Seul cet enseignement progressif, allant du simple au complexe, est réellement efficace. Mais il n’est évidemment pas compatible avec les dogmes pédagogiques privilégiés par la HEP et imposés aux enseignants au travers des manuels scolaires : l’essentiel est que l’enfant tâtonne, découvre et expérimente, en partant toujours d’une situation complexe. Dans cette désorganisation de la connaissance, le redoublement n’a évidemment pas grand sens.
Et le redoublement contredit un autre dogme : le refus de toute sélection. L’idéal pédagogiste veut l’hétérogénéité à tout prix. Dans cette perspective, toute note, tout examen, et par conséquent tout redoublement doit être proscrit. 
Dans l’école chère à nos doctrinaires socialistes, l’école n’a plus qu’un but : intégrer. Les élèves doivent surtout y acquérir des « compétences sociales » ; les connaissances sont secondaires. Dans le droit prolongement d’un jardin d’enfants, où il n’est pas question de redoublement.
 
 
Une politique d’un autre siècle

Dans une récente conférence, Walo Hutmacher, l’un des penseurs d’EVM, en appelait à une nouvelle façon de réformer l’école : renoncer aux démarches hiérarchiques, partant du sommet du département, pour privilégier les démarches centrées sur la demande de la clientèle : les élèves et leurs parents, les enseignants sur le terrain, les directions d’établissements. Visiblement, Mme Anne-Catherine Lyon fonctionne encore comme ses prédécesseurs du 19e siècle : imposer d’en haut des règles absolues, contraignantes, communes à l’ensemble des établissements. Le redoublement constitue l’exemple même de la compétence qu’il convient de laisser « au terrain ». Que les établissements, dans le cadre de l’enveloppe financière qui leur est attribuée, décident, en conférence des maîtres, quelles sont, de cas en cas les solutions à privilégier. Il se trouve des cas où le regroupement de certains élèves dans des classes plus homogènes se justifie ; et des cas où le redoublement lui aussi se justifie.
 
Au diable les « études scientifiques »
 
Je ne suis pas impressionné par les « études scientifiques »  qui auraient démontré que le redoublement n’est pas utile. Tout comme la connaissance médicale est influencée par les intérêts de l’industrie, les chercheurs sont bien obligés de plaire à la hiérarchie qui les emploie…
Mais il suffit d’être enseignant ou parent pour mesurer la souffrance d’un enfant qui se trouve toujours en retard sur les objectifs qu’on lui fixe. Et aussi la joie de celui qui parvient enfin à surmonter un obstacle demeuré longtemps inaccessible. C’est à cet inoubliable « Erfolgserlebnis », cette expérience de la réussite, que le redoublement est parfois nécessaire. Les beaux esprits qui entendent refuser aux enfants tout redoublement démontrent qu’ils connaissent mal les enfants et qu’ils ne les aiment pas.




 

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