Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  ECOLE EN MUTATION

Paru dans 24 Heures le 21 juil. 2002

A Oron, le 1er juin, le professeur Walo Hutmacher, sociologue, mettait un terme à une semaine de réflexions sur EVM. Après avoir brossé un bref tableau de tout ce qui a changé dans notre organisation sociale au cours des dernières décennies, il expliquait comment l’école devait se transformer. « Changer, s’adapter au changement, réussir le changement » : cent fois ces termes sont revenus dans la bouche de l’orateur.

Et l’enfant, pensions-nous, a-t-il tellement changé ? Lorsque vous passez, à l’heure de la récréation, à proximité d’un préau d’école, écoutez cette clameur très particulière qui monte vers vous. Cette clameur était la même il y a cinquante ans, elle sera la même dans cent ans. Elle est la même dans tous les pays du monde, au point que nous soyons ému de remarquer cette universalité. Cela tient à la fois à l’anatomie des cordes vocales et à la vivacité des enfants qui jouent ensemble. Au-delà des préaux, tous ceux qui s’occupent d’enfants savent bien que leur psychologie répond à des fonctionnements universels et permanents.

Un exemple : l’enfant a besoin de sécurité, et ce qui lui est familier le rassure. Remarquez comme les enfants sont heureux d’entendre les histoires qu’ils connaissent déjà. Un autre exemple : un enfant a besoin de se situer. C’est pourquoi toute forme de compétition lui est si naturelle.

On pourra disputer sans fin sur la limite qui existe entre l’inné et l’acquis. Certains affirment que tous les comportements enfantins sont le fruit d’un conditionnement. C’est certainement faux. Comme pour les cris dans les préaux, l’état d’enfance se caractérise indiscutablement par un certain nombre de données  universelles.

Dans un récent ouvrage consacré à l’éducation et, par extension, à la pédagogie, le psychologue Maurice Nanchen   définit la nécessité d’éduquer l’enfant selon deux axes complémentaires : le « normatif » et l’ « affectif ». Le normatif consiste à confronter l’enfant à l’existence de règles extérieures, de contraintes, de nécessités imposées par l’environnement et la société. L’affectif correspond à tout ce qui, dans l’éducation, vise à plaire à l’enfant, à répondre à ses demandes, à mettre sa personnalité « au centre ». Pour schématiser, le normatif correspondrait à l’éducation traditionnelle, l’affectif à l’éducation nouvelle. Et Nanchen d’appeler à un équilibre entre ces deux axes.

Ce qui nous frappe dans l’étude du psychologue Nanchen, c’est que le « changement » n’est pas au centre de sa préoccupation. Il recherche ce qui est permanent dans la psychologie et le comportement de l’enfant, tout au contraire du sociologue Hutmacher.

EVM, on le sait, divise enseignants et parents en deux camps, souvent irréductibles.. On sortira de la guerre de religion en écoutant un peu moins le sociologue qui ne parle que de changement, et peu plus le psychologue, qui définit des constantes. Redonnons un peu de normatif à EVM, qui pêche par excès d’affectif (« L’enfant au centre »).

Souvenons-nous que l’enfant ne fonctionne pas comme un adulte. Prétendre que l’enfant va « s’astreindre à réaliser tout son potentiel  » sans le stimulant immédiat et mesurable de la note est une douce illusion peu conforme à la réalité de la psychologie enfantine. On y ajoutera que, dans une société multiculturelle, avec des enfants issus d’environnements socio-affectifs très divers, il est d’autant plus nécessaire que l’école réinvestisse son rôle normatif.

Nous souhaitons, nous aussi, beaucoup de succès à Madame la Conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon. A condition qu’elle s’éloigne des pédagogues de son Département qui n’ont que le « changement » à la bouche, pour prendre le temps d’écouter l’immuable clameur qui monte des préaux. Et se souvenir que, EVM ou pas, l’enfant est un enfant.

 Jacques-André Haury




 

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