Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 28 déc. 2001

Depuis le Sommet de Rio de Janeiro de juin 1992, vous parlez beaucoup, amis écologistes, de développement durable. Vous avez raison. Cette préoccupation est probablement celle qui mérite le plus de retenir notre attention. Si l’on interroge l’histoire, on constatera d’ailleurs que tous les grands hommes d’Etat, en commençant par la plupart de nos Syndics vaudois, ont eu en commun ce double souci de développement et de durée. L’extension de ces préoccupations à une dimension planétaire constitue probablement l’aspect innovant de Rio.

Mais vous réduisez le « développement durable » à une conception environnementale. Vous voulez maintenir le développement de notre société industrialisée dans une limite qui ne mette pas en danger l’avenir de la planète elle-même. Souci d’économiser les énergies non-renouvelables. Souci d’éviter les trop grandes disparités entre pays riches et pays pauvres. Souci de respecter les équilibres de la nature.

Soit. Mais l’homme, l’être humain, dans tout ce discours écologique ? Est-ce que nos sociétés ne méritent pas, elles aussi, qu’on se préoccupe de leur développement durable ? Pourquoi ne pas élargir votre souci du développement durable à une dimension humaniste ?

Parlons un peu de l’esprit d’entreprise et du goût de l’effort. On démontre aisément que, sans eux, la société n’a pas d’avenir. Amis écologistes, vous demandez-vous si notre système pédagogique communique à l’enfant le goût de l’effort ? Est-ce que vous vérifiez que notre système social ne va pas jusqu’à décourager la volonté de ceux qui tentent de se prendre en charge ? Est-ce que vous vous efforcez de contenir notre fiscalité dans des limites qui ne découragent pas ceux qui veulent entreprendre et créer ?

Considérons l’endettement des collectivités publiques. Emprunter, c’est consommer aujourd’hui des ressources qui seront produites demain. Pouvez-vous parler de développement durable pour le Canton de Vaud sans lutter pour assainir ses finances, lorsque vous apprenez que, chaque jour, il doit emprunter un million pour payer les intérêts de sa dette ?

Et les drogues. Peut-on militer pour le développement durable sans lutter contre l’emprise croissante de la toxicomanie chez les jeunes. Décriminaliser la consommation du chanvre semble un combat à la mode. Mais le développement durable, par essence, doit ignorer les effets de mode.
 
Vous considérez comme un symbole de progrès l’octroi du droit de vote aux étrangers. Ceux qui veulent durablement faire partie de notre société ont la possibilité de se naturaliser, selon une procédure qui a été notablement allégée. Mais les autres, ceux qui refusent : pourquoi leur demander de voter, c’est-à-dire d’engager l’avenir de notre société, tout en refusant de s’y lier durablement ?

Vous parlez de multiculturalisme. Vous vous déclarez « ouverts » : c’est bien. Mais une société peut-elle se développer sans défendre les valeurs qui ont fait sa prospérité et qui, justement, attirent ceux qui viennent s’y réfugier ? Le respect de l’autre, de sa personne et de ses biens, l’émancipation de la femme, le refus de la violence, le pardon : ne s’agit-il pas de valeurs à privilégier, même au détriment du multiculturalisme ? On ne peut se soucier du développement durable d’une société en faisant l’économie d’une réflexion d’ordre moral.

Puisque le passage à une nouvelle année est l’occasion de faire des vœux, permettez-moi, amis écologistes, de vous encourager à poursuivre votre combat pour un développement durable. Mais élargissez-le à une dimension humaine. Car l’homme ne saurait être exclu de l’environnement, il en est le centre. Nous pourrions alors faire un bout de chemin ensemble.




 

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