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OPINION
Baisse du niveau scolaire: on a besoin de sociologues utilesParu dans Le Temps le 7 oct. 2026 Baisse du niveau scolaire: on a besoin de sociologues utilesUne professeure de sociologie de Genève était invitée début septembre sur RTS La Première pour commenter les mauvais résultats scolaires que l’étude PISA a fait apparaître. Son propos, tellement convenu, consistait à dire que le «système» scolaire est responsable de cette baisse de niveau et qu’il faut le réformer. Observant que les différences entre les résultats des élèves issus de milieux «favorisés» et ceux des élèves issus de milieux «défavorisés» vont en augmentant, il faut supprimer toute sélection, source de discrimination. En gros, exactement le même discours depuis près de cinquante ans. Un sociologue utile s’intéresserait aux méthodes pédagogiques. Depuis au moins trente ans, la pédagogie socioconstructiviste s’est imposée dans de nombreux pays, dont le nôtre. L’enfant doit «découvrir», être «mis en situation»; l’enseignement démarre par la complexité. La Corée du Sud, qui brille au classement PISA, pratique principalement l’enseignement «direct», avec une progression structurée, beaucoup de mémorisation, beaucoup d’exercices et beaucoup d’évaluations. Ce pays a publié en 2023 une étude comparative des différents types d’enseignement*. Elle parvient aux mêmes conclusions que le Projet Follow Through il y a près de 50 ans: la pédagogie directe donne les meilleurs résultats, notamment auprès des élèves les moins performants. Chercher dans d’autres directionsC’est la Fapse, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève, influencée par les théories de Jean Piaget, qui a été le promoteur, en Suisse romande et bien au-delà, de la pédagogie socioconstructiviste. Comme notre sociologue fait partie de cette Fapse, elle n’ose pas contester les théories qui s’y sont développées. Cela restreint évidemment l’intérêt de la recherche… Un sociologue utile ne se contenterait pas de répéter ce que ses collègues affirment depuis cinquante ans: si les résultats des élèves issus de milieux «défavorisés» sont moins bons que ceux des élèves issus de milieux «favorisés», c’est la faute à la sélection. Par conséquent, il faut réformer «le système scolaire» en supprimant toute sélection. C’est ce qu’on fait chez nous, étape par étape, depuis 70 ans. Et depuis 70 ans, ces différences ne s’estompent pas. Un sociologue utile chercherait dans d’autres directions. Il cesserait de raisonner en termes de classes sociales, opposant les enfants de milieux favorisés à ceux qui sont issus de milieux socialement défavorisés. Ce sociologue utile quitterait ce schéma simplificateur – d’obédience marxiste? – pour s’intéresser aux enfants qui échappent à leur «déterminisme» social. Car il y a de nombreux exemples d’enfants issus d’un milieu modeste qui font un brillant parcours scolaire alors que d’autres, malgré de bonnes conditions sociales, font un parcours médiocre. Que tirerait-on de ces études? – probablement des conclusions tout autres que «surtout pas de sélection». C’est évidemment plus subtil et plus difficile que de répéter en boucle les mêmes platitudes sur les «systèmes» et les nuisances de la sélection. Et je ne serais pas surpris qu’apparaissent, dans les conclusions des sociologues utiles, des facteurs éducatifs, notamment une certaine relation à l’effort et une certaine ambition à s’en sortir par soi-même. «On ne peut pas comparer»A la fin de l’interview, notre sociologue a été invitée à commenter le cas de l’Estonie, qui sort en tête du classement PISA. «Il y a dans ce pays une croyance dans l’idéal méritocratique: si tu travailles à l’école, tu vas pouvoir monter dans les échelons sociaux», remarquait un observateur. Réponse de notre sociologue au micro de La Première: «On ne peut pas comparer, c’est beaucoup plus compliqué.» Ce serait pourtant un sujet d’étude sociologique intéressant et utile: quelle est l’ambition de la société estonienne, et comment la reporte-t-elle sur son école publique? En comparaison de sociétés qui combattent tout stress, toute pression exercée sur l’élève; de sociétés qui, pour tout dire, vivent confortablement sur leurs acquis et n’ont plus d’ambition. On trouverait peut-être là l’explication d’une baisse continue du niveau scolaire. Les derniers résultats de PISA démontrent l’urgente nécessité d’une sociologie qui ose s’affranchir des schémas dans lesquels elle se complaît et qui jette un regard neuf sur l’enseignement public. |
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