Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
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  L'INVITÉ

L'enseignement privé, oui, à domicile, non

Paru dans 24 Heures le 7 oct. 2021

Au mot «privé», les cheveux se dressent sur les têtes communistes. Mais l'avant-projet de loi sur l'enseignement privé que Mme Cesla Amarelle a présenté au nom du Conseil d'État devrait alerter même des gens de gauche.

Parlons d'abord de l'enseignement à domicile. C'est une pratique archaïque, qui remonte au temps des précepteurs engagés par des familles fortunées. Actuellement, il est dispensé à environ 800 enfants dans le canton de Vaud, essentiellement dans des milieux fondamentalistes. Ces enfants sont abandonnés à l'endoctrinement de parents qui veulent à tout prix les protéger des contaminations idéologiques de la société contemporaine. Ils échappent ainsi à toute la socialisation qu'apporte la rencontre, dans une classe, avec d'autres enfants, reflétant la société telle qu'elle est et avec laquelle, plus grands, ils devront bien cohabiter.

Disons-le clairement: l'enseignement à domicile n'apporte aucune valeur ajoutée. La bonne décision serait d'en supprimer le principe, laissant aux parents le choix entre l'école publique et l'enseignement privé. Au lieu de ce choix clair, Mme Amarelle préfère maintenir l'enseignement à domicile, mais le contrôler. Contrôler la société, contrôler l'intimité des familles: telle est la vraie ambition d'un système totalitaire. Au passage, Mme Amarelle veut étendre le contrôle de ses services sur les écoles privées.

Sait-elle seulement comment fonctionne une école privée, laquelle doit rendre des comptes aux parents qui financent l'écolage de leur enfant? Et qui a une réputation à défendre. Vous pensez qu'un directeur va engager à la légère un enseignant incompétent, ou poursuivi pour des affaires de moeurs? Dans le privé, le téléphone fonctionne, et on n'engage pas un collaborateur sans se renseigner sur ses antécédents: pas besoin du contrôle du département.

Le plus révélateur, dans ce projet, se trouve à l'article 7: «Le service peut requérir en tout temps tout renseignement et tout document qu'il juge utile.» Stasi ou Gestapo? En tout cas, le langage d'une dictature.

Le libéralisme se caractérise par la confiance, le socialisme par la méfiance. Et cette méfiance s'exprime par la prétention à tout contrôler. L'avant-projet de loi sur l'enseignement privé est l'expression de la méfiance à l'endroit du privé. On devrait se contenter de lui fixer des objectifs et les vérifier (examens). On préfère contrôler.

Qu'on ait le courage de renoncer à l'enseignement à domicile, en passant par une modification de la Constitution soumise aux électeurs. Ce sera clair.

Mais, de grâce, mettons un frein à l'ambition du contrôle permanent des citoyens et des institutions privées. Plutôt que des citoyens bien contrôlés, nous préférons des citoyens bien formés. Pour atteindre cet objectif, chacun sait, même à gauche, que les écoles privées constituent un complément utile et parfois nécessaire à l'enseignement public.




 

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