Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 21 déc. 2002

« La Cathédrale de Lausanne, propriété de l’Etat de Vaud, est en priorité une église paroissiale »  : cette disposition applique l’Edit de Réformation publié par les Bernois en décembre 1536, à la suite de la Dispute de Lausanne. Une des expression du refus de la hiérarchie catholique consistait à supprimer la hiérarchie entre les lieux de culte. La Cathédrale serait donc dorénavant une église paroissiale comme une autre. EAV (Eglise à venir), la récente réorganisation de l’Eglise Réformée du Canton de Vaud, a restreint le nombre des paroisses et réduit leur importance. Mais elle n’a rien changé au statut de la Cathédrale.

A y voir de plus près, on doit cependant reconnaître que la situation n’est pas satisfaisante. Le dimanche, à dix heures, lors des cultes ordinaires, quelques protestants disséminés s’y rassemblent, dans la fidélité, certes, mais en démontrant, malgré eux, la disproportion qui s’est établie entre l’immensité de l’édifice et l’affaiblissement de la communauté protestante, devenue minoritaire en Pays de Vaud.

Le danger est grand, à nos yeux, de transformer cet édifice en lieu culturel, sans grand lien avec la volonté de ceux qui l’ont construit et dédié à la gloire de Dieu. L’installation des nouvelles orgues, au printemps prochain, pourrait accroître ce risque.

Osons donc une proposition qui dérange. Faisons de la cathédrale Notre-Dame de Lausanne le haut-lieu des célébrations chrétiennes des Vaudois. Non plus une église paroissiale, réservée aux réformés dont je suis, mais à disposition aussi de nos frères catholiques, orthodoxes ou évangéliques, lorsqu’ils entendent célébrer un culte ou une messe d’importance particulière, c’est-à-dire à la dimension de l’édifice.

Comme toutes les propositions iconoclastes (le terme est ici un peu paradoxal...), nous savons que cette idée choquera certains protestants, pour qui le passage de la Cathédrale à la religion réformée a été une conquête historique à laquelle ils ne sont pas prêts à renoncer. J’accepte d’en débattre avec eux.
Pour les catholiques, le problème sera différent. La question de la consécration de l'édifice ne semble plus se poser, d'autant moins que la cathédrale a été consacrée en 1275 par le pape Grégoire X : 466 ans d'occupation (ou de profanation ?) protestante ne devraient rien y changer.

Mais il faudra reconstruire un autel, dans le chœur, pour la messe. On se souviendra alors que les catholiques célèbrent la messe tournés vers le chœur, où se trouve l’autel. Quant aux protestants, ils ont pour tradition d’ignorer le chœur pour se tenir dans la nef, tournés vers la chaire, lieu de proclamation de la Bible et de sa prédication. Concrètement, il suffit de modifier l’orientation des chaises en fonction de la célébration, ce qui se fait déjà actuellement.

Il est intéressant de rappeler que, dans le district d'Echallens, dès le XVIIe siècle, on a connu la règle du simultaneum, c'est-à-dire l'ouverture des églises à la fois au culte et à la messe. Des motifs d'ordre pratique, essentiellement l'exiguïté, ont généralement mis un terme à cet usage à partir du XIXe siècle . Mais ce rappel historique nous donne de bonnes raisons d'affirmer qu'un tel usage est possible à la Cathédrale.

En ces jours de Noël, alors que les chrétiens de toutes confessions annoncent la naissance du sauveur, osons le pari d'une re-naissance de notre cathédrale : à disposition simultanée des diverses confessions chrétiennes. Mais sans les obliger à renoncer à la richesse de leurs traditions respectives.




 

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