Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  RELIGION

Paru dans La Nation le 18 avril 2003

Dans le courrier des lecteurs de 24 heures, le député Jacques-André Haury propose d’ouvrir la Cathédrale aux autres confessions chrétiennes. Constatant d’une part la faible participation des fidèles au culte dominical et, d’autre part, l’implantation prochaine d’un orgue exceptionnel à la Cathédrale, il craint que l’édifice devienne de plus en plus un lieu d’activités culturelles au détriment de sa fonction première: être un lieu dédié à la gloire de Dieu.

Certains ont reproché au député d’avoir négligé la voie de service, comme on disait sous l’uniforme. Il aurait dû faire sa proposition au conseil de paroisse ou au Conseil synodal. Mais M. Haury connaît suffisamment les mœurs de ce pays pour savoir que, dans les administrations, il y a des tiroirs insondables où se perdent les propositions embarrassantes.

Or, la proposition du député lausannois est embarrassante pour les réformés vaudois qui se sentent écartelés entre leurs discours et leurs réflexes confessionnels. Le discours des réformés est imbibé des termes à la mode dans notre société: ouverture, accueil, tolérance, convivialité. Il faudrait donc ouvrir toutes grandes les portes de la Cathédrale à toutes les confessions chrétiennes. Mais, dans le même temps, les réformés sentent monter en eux une certaine crainte: n’est-on pas en train d’abandonner l’héritage des Réformateurs? ne risque-t-on pas de braquer des coreligionnaires (surtout les évangéliques) qui redoutent le retour au catholicisme? On voit que la Contre-Réforme et surtout les grands affrontements religieux du siècle passé ont laissé des traces dans la mémoire des uns et des autres, mais surtout chez les plus âgés.

La suggestion du député Haury est délicate, parce qu’elle pose la question de la qualité des relations entre nos Eglises et communautés. Ces relations se sont beaucoup améliorées au cours de ce dernier demi-siècle. Le brassage des populations et l’affaiblissement de l’identité confessionnelle y ont beaucoup contribué. Des hommes et des femmes de différentes confessions ont appris à se connaître et à se respecter. Les foyers mixtes, de plus en plus nombreux, ont obligé les Eglises à collaborer pour exercer une pastorale commune.

Il faut reconnaître que les autorités ecclésiastiques n’ont pas favorisé les choses pour les pionniers de l’œcuménisme. Les grandes avancées sont plutôt dues à l’influence plus ou moins contraignante du pouvoir politique ou d’organismes qui lui étaient étroitement associés. Ainsi, l’aumônerie de l’armée, celle des écoles, des hôpitaux ou des prisons ont souvent suscité des collaborations fructueuses. La répartition des émissions religieuses à la radio, puis à la télévision, a été prise en charge par une commission œcuménique, la Suisse romande étant équitablement partagée entre les deux confessions historiques.

Plus déterminante encore fut l’influence de la direction de l’Exposition Nationale de 1964: elle obligea les trois confessions officielles à construire puis à animer une seule chapelle. Cette collaboration se prolongea pendant de longues années avec la «Minute œcuménique» où excella le pasteur Philippe Zeissig.

Sur cette lancée, des lieux de culte œcuméniques ont été construits, et des collaborations régulières se sont établies localement entre différentes communautés chrétiennes. A un échelon plus élevé, lors du Synode diocésain de 1972, des représentants de l’Eglise orthodoxe et des Eglises réformées ont été invités à toutes les sessions. On assista à la création de la Fraternité œcuménique de Romainmôtier, puis à celle d’Etoy. Des rencontres régulières furent instituées entre le Conseil synodal et le Vicaire épiscopal pour le Canton de Vaud.

Dans ce climat de dialogue, une Convention sur l’utilisation des lieux de culte fut signée entre protestants et catholiques. Les réformés l’appliquent, par analogie, dans leurs relations avec les communautés évangéliques. Cette convention est intéressante parce qu’elle fixe un principe auquel il faut se tenir:Un lieu de culte a un caractère confessionnel. Il est un signe de la foi d’une communauté chrétienne déterminée. Par son aménagement liturgique, en particulier, il joue un rôle d’éducateur dans la foi d’une confession chrétienne.

C’est pourquoi la présente convention ne doit régler que des cas particuliers et ne peut conduire à une utilisation généralisée des lieux de culte protestants par des communautés catholiques ou vice-versa.

Ce principe permet d’orienter la réponse qui devrait être faite à la suggestion de Monsieur Haury. Il ne serait donc pas question d’instituer des services réguliers d’autres communautés. Personne, en effet, n’a intérêt à voir le vénérable édifice devenir une salle cultuelle polyvalente.

Mais la paroisse qui en a la charge peut-elle assumer la vie spirituelle d’un tel édifice qui a une valeur symbolique aussi forte? Il n’est en tout cas pas heureux que la Cathédrale soit celle de tous les Vaudois pour les activités officielles et culturelles qui s’y déroulent, mais qu’elle ne le soit pas pour les activités cultuelles.

En attendant «le jour où nous pourrons être vraiment ensemble autour de la Parole et de la même table de communion», comme le souhaite le pasteur Antoine Reymond dans Bonne Nouvelle de mars 2003, notre Eglise pourrait donner quelques signes, dans l’esprit de la Convention. Ainsi, pour tenir compte du fait que la Cathédrale a été le siège épiscopal de Lausanne pendant des siècles, elle pourrait, occasionnellement, être mise à disposition de l’Eglise catholique lors de tel événement important ou tel anniversaire marquant. La même offre pourrait être faite à l’Armée du Salut ou à telle communauté évangélique, pour autant que cette dernière ne fonde pas son évangélisation sur une critique systématique de l’Eglise qui l’accueille en ses murs.

De plus, on pourrait animer le grand vaisseau de la Cité par des offices réguliers rassemblant des chrétiens de toutes confessions. Enfin, puisqu’un Conseil des Eglises chrétiennes vient d’être constitué dans notre pays, il pourrait proposer des rencontres œcuméniques comme celles que nous avons vécues ces dernières années, où tous les chrétiens se sentaient accueillis dans la maison de Dieu, quelle que soit leur appartenance confessionnelle.

Jean-Pierre Tuscher




 

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