Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans Le Temps le 2 juin 2004

Les responsables de l'initiative libérale confirment: «Si le Grand Conseil suit sa commission, les Vaudois ne voteront pas sur le retour des notes à l'école». Se félicitant d'une solution «construite ensemble», le président du comité d'initiative juge aussi qu'elle «met fin à une dérive pédagogique»  
  
Pas de volte-face ni de jusqu'au-boutisme. Comme Le Temps le révélait voici dix jours (LT du 21.05.2004), les libéraux vaudois sont satisfaits des modalités désormais envisagées pour le retour des notes à l'école. Au terme d'une réunion tenue à la mi-journée, le comité qui avait récolté 20 000 signatures dans ce but l'a confirmé mardi: «Si le Grand Conseil adopte le texte de sa commission, les initiants s'engagent à retirer leur initiative, au bénéfice de la sérénité nécessaire à l'école vaudoise», dit leur communiqué. Les débats parlementaires seront donc décisifs, mais les Vaudois n'auront sans doute pas à voter.

Dans le processus, les initiants admettent que les notes ne réapparaîtront qu'en 5e année, deux ans plus tard qu'ils ne le demandaient, ce qui est contrebalancé par le retour des moyennes de branche et des demi-points. Les explications de Jacques-André Haury, président du comité d'initiative.

Le Temps: Vous aviez accueilli avec réserve le contre-projet du Conseil d'Etat. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis?
Jacques-André Haury: Le contre-projet prévoyait la notation de «bilans» de connaissances et de compétences, soit des éléments rares et espacés dans un parcours scolaire. Nous voulions au contraire que la note soit présente dans le travail quotidien des élèves, avec une échelle fine, au demi-point. Ce qui n'était pas formellement dans l'initiative, mais qui a été retenu en commission. Nous avons obtenu de vraies notes, telles qu'elles sont utilisées dans les gymnases. C'est une amélioration significative, qui relativise la question de l'introduction des notes dès la 3e année.

Avez-vous dès le début considéré que les notes au primaire (en 3e et 4e) pouvaient être abandonnées dans le cadre d'un compromis?
Non, pas dès le début. Ce qui m'a frappé, c'est le silence assourdissant des enseignants primaires favorables aux notes, dans le cadre des différents forums qui se sont tenus à Montreux. Pourtant ils existent, mais, à l'inverse des enseignants secondaires, ils étaient absents du débat. Or, la politique, c'est aussi entendre ce qui se dit. Personnellement, je pense que la note serait mieux, même pour les jeunes enfants, et je n'exclus pas que la question se repose un jour, mais notre comité ne voulait pas aller à l'encontre des avis des enseignants.

Que voulez-vous dire quand vous soulignez «avoir stoppé une dérive pédagogique»?
Depuis quelques décennies, en fait depuis l'introduction de «l'enseignement renouvelé du français», on a vu s'installer une pédagogie socio-constructiviste, sans règles, qui n'a jamais fait ses preuves, tout en excluant toute pédagogie cognitive ou frontale. Avec les notes, on replace l'élève face à une référence extérieure, et plus seulement face à lui-même. C'est aussi un coup d'arrêt à cette façon de ne laisser aux députés que la définition d'un cadre – une sorte de «hardware» si je compare avec l'informatique – sans aucune prise sur le contenu pédagogique qui serait le «software». Dans ce sens, je considère notre initiative comme un tournant.

Elle avait aussi été un moyen de profiler les libéraux. Prévoir son retrait n'est-ce pas un recul laissant à la ministre socialiste, Anne-Catherine Lyon, l'aura d'avoir «pacifié l'école»?
Et quand bien même! Ça ne me gène pas. Pour pacifier, comme pour se déchirer, il faut être deux. Certainement que Mme Lyon est venue avec un contre-projet permettant une issue qui n'était pas envisageable précédemment, mais nous avons atteint notre objectif de remise en ordre de l'école. Si les initiants et Mme Lyon obtiennent satisfaction, tant mieux. Après les travaux de la commission, nous arrivons à une solution que les partenaires ont bâtie ensemble. C'est mieux qu'un compromis, c'est une construction commune, qui plus est favorable à l'école vaudoise.

Vous retirerez votre texte «si le Grand Conseil adopte celui de la commission». Est-ce à dire qu'il n'y a plus d'ajustements possibles?
Effectivement. Nous prenons aujourd'hui un engagement qui dit au Grand Conseil quelles sont exactement nos conditions. Mais c'est la décision du jour. S'il y a des modifications en plénum, nous nous reposerons la question du maintien de l'initiative.

La «solution vaudoise» qui se dessine peut-elle servir de modèle à d'autres cantons confrontés au problème, comme Genève?
J'en suis convaincu. Les initiants genevois sont dans une autre dynamique par rapport à leur Conseil d'Etat, c'est à eux de trouver leur chemin. Mais le canton de Vaud est en position d'être le premier à trouver devant son parlement une issue au problème très conflictuel des notes à l'école. Ce qui est sûrement à même d'inspirer des cantons qui vivent ce conflit comme Genève, ou sont dans l'expectative, comme Fribourg. 

 Laurent Busslinger




 

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