Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans Le Temps le 25 oct. 2003

Laurent Busslinger et Yelmarc Roulet
 
 
Le libéral lausannois Jacques-André Haury, 51 ans, médecin et député, est le candidat de tout le camp bourgeois dans l'élection complémentaire du 9 novembre pour la succession de l'écologiste Philippe Biéler. En face, le vert François Marthaler, 43 ans, de Prilly, chef d'entreprise et lui aussi député, qui se heurte à une autre concurrence dans ce scrutin, celle de Josef Zisyadis.

Le Temps: Quand vous est venue, à l'un et à l'autre, l'idée d'être conseiller d'Etat?

Jacques-André Haury: Il y a déjà pas mal de temps. Mais il y a aussi eu un moment où je me disais, je fais vingt ans de médecine, après je deviendrai pasteur. L'idée d'une reconversion vers 50 ans n'est pas nouvelle pour moi.

François Marthaler: J'ai brûlé des étapes en entrant en politique directement au Grand Conseil, et je m'y suis donné à fond. J'en ai vraisemblablement agacé plus d'un, et j'ai moi-même atteint un certain niveau de lassitude. La majorité de mes interventions reste encore sans réponse. Entrepreneur de tempérament, j'ai le sentiment que je me sentirais beaucoup plus à l'aise au gouvernement.

– Vous arrivez tous deux avec des images profilées. Saurez-vous faire des compromis?

– J.-A. H.: Je suis attiré par la solution qui récolte une majorité et peut se réaliser, mais la négociation n'est possible que si la position de départ est claire. Je crois la collégialité indispensable au fonctionnement d'un gouvernement, surtout en période difficile. Pour prendre une décision impopulaire il ne faut pas être seul.

– F. M.: Il est toujours plus facile de faire des compromis lorsqu'on est majoritaire, mais j'en ai l'habitude notamment dans l'entreprise que j'ai contribué à fonder*. N'est intéressant que ce qui peut débloquer une situation. Dans des domaines non idéologiques, on peut toutefois considérer qu'il existe une solution objective, et qu'il ne faut pas faire des compromis, mais rester cohérent.

– Vous constatez tous deux que la situation des finances empêche le canton de se projeter dans l'avenir. Vos propositions pour réduire ce déficit?

– J.-A. H.: La réponse est clairement la diminution des charges et non l'augmentation des recettes. Si l'on va ponctuellement dans un département ou un autre, on trouve des pistes. Je ne suis pas pour des coupes linéaires, c'est une démission du politique. Premier principe, le blocage de l'effectif du personnel. Il y a une part de l'activité de l'Etat qui n'est pas au maximum de sa rentabilité...

– F. M.: Cela m'agace! L'idée du blocage du personnel, je pourrais y adhérer. Mais au moins faudrait-il un lien entre les effectifs et l'évolution démographique du canton. Avec la motion Mouquin, telle que vous l'avez soutenue, on fixe une base totalement arbitraire, au niveau supposé être le niveau actuel des employés administratifs.

– J.-A. H.: Ces dernières années l'effectif du personnel, dans la formation, ou la prise en charge des personnes âgées a augmenté trois à quatre fois plus vite que les élèves ou les résidents des EMS. Mettons un plafond maintenant, cela corrigera. Deuxième blocage, auquel je tiens beaucoup: celui des surfaces. On le voit de façon caricaturale aux Hospices cantonaux, il y a une propension de l'administration à augmenter les surfaces qu'elle occupe. Ce qui entraîne l'augmentation du personnel pour occuper les espaces, puis celle des fonctions du moment que l'organe est créé. On devrait avoir le même raisonnement pour le Musée cantonal des beaux-arts.

– F. M.: Pour la médecine, ce serait mieux que le numerus clausus! On limiterait la surface des auditoires et donc l'ensemble des charges. Mais je ne veux pas tourner votre idée en bourrique. A l'heure actuelle, on ne sait pas quelles sont les surfaces occupées par l'Etat.

– Parlons un peu des riches. François Marthaler a proposé un impôt temporaire sur les grandes fortunes, alors que Jacques-André Haury veut supprimer celui qui frappe les successions.

– F. M.: Le fossé s'est creusé entre riches et pauvres durant la décennie écoulée. Un rééquilibrage est raisonnable. Du reste, l'actuel gouvernement a suivi cette proposition dans une petite mesure, puisqu'il rajoute deux classes au barème d'imposition du budget 2004. L'Etat a un devoir de redistribution, c'est très clair.

– J.-A. H.: L'idée d'imposer les grosses fortunes est vieille et déjà largement réalisée. Elle est limitée par la mobilité des gens. En supprimant l'impôt sur les successions directes, on veut éviter que des contribuables fortunés n'aillent finir leur vie en Valais. Si le canton de Vaud les garde, il récupérera l'impôt sur la fortune et les revenus durant dix ou vingt ans. Il y a dans les classes moyennes un incontestable phénomène de lassitude. L'écart entre ceux qui gagnent leur vie et paient des impôts, et ceux qui sont seulement bénéficiaires de l'aide sociale, devient si faible que des gens en ont marre. L'Etat redistribue bien assez, il faut penser d'abord à la production de richesse.

- F. M.: Veiller à ce que les moyens économiques soient disponibles et suffisants dans toute la société contribue aussi au développement économique et à la création de richesses!

– François Marthaler, votre adversaire a bâti sa notoriété dans la bataille scolaire, vous sentez-vous obligé de vous démarquer, et de refuser les notes?

– F. M.: Absolument pas. Il ne faut pas contester que des problèmes existent dans la compréhension des évaluations, mais le peuple devra de toute façon trancher. Là où j'ai un gros problème, c'est de réduire la démarche EVM à la question notes-pas de notes, alors qu'elle vise à éviter autant que possible l'échec scolaire. Or, pour Jacques-André Haury, l'échec scolaire est une «bonne chose», qui prépare à une vie de compétition. Ce n'est pas ma vision de l'école.

– Jacques-André Haury, vous vous êtes situé sur le terrain du développement durable en donnant l'impression de chasser sur le territoire de votre adversaire. Qu'est pour vous le développement durable?

– J.-A. H.: L'idée la plus intelligente qui se soit profilée dans le débat politique récent, et qui repose sur de vieux principes, comme lorsque nos paysans défrichaient prudemment au-dessus des villages. Mais le développement durable d'une société suppose aussi que l'enfant soit préparé aux réalités de la vie, dont celle qui veut que la jouissance d'un bien soit le fruit d'un effort. C'est le préparer à participer à la prospérité commune. EVM a complètement oublié cet aspect.

– F. M.: Je trouve toujours étonnant de voir les libéraux associer développement durable, rigueur budgétaire et lutte contre les incivilités. Lorsqu'on n'a plus de moyens on ne peut plus faire de sécurité, ni d'enseignement. Je ne comprends pas qu'on soutienne une vision compétitive de l'école, car c'est là que naissent les problèmes de violence, d'exclusion, de drogue ou de suicide des jeunes. Apprendre à vivre ensemble est plus important que de participer à la prospérité, surtout celle de quelques-uns.

– J.-A. H: Il en va des ressources sociales comme des ressources naturelles. On ne peut pas puiser dans l'autorité de la police en voulant qu'elle soit sympa, pour regretter ensuite qu'elle n'en impose plus aux délinquants. La sécurité publique par exemple doit aussi être gérée de façon prospective.

– Jacques-André Haury, le département libre est celui des infrastructures. Vous imaginez-vous à sa tête?

– J.-A. H.: L'élection au Conseil d'Etat est le seuil à franchir. Ensuite, le département attribué sera le fruit d'une décision collégiale, je n'ai pas à l'anticiper. Les mécanismes fondamentaux de la décision politique, qui sont proches des mécanismes du travail du médecin – examen, diagnostic, proposition thérapeutique, traitement – sont indépendants d'un département.

– Si vous êtes élu, peut-on imaginer un échange entre vous et Charles-Louis Rochat?

– J.-A. H.: Ce n'est pas une question à laquelle j'entends répondre. Imaginez ce que vous voulez.

– Brièvement, pourquoi doit-on voter pour vous?

– J.-A. H: C'est aux autres de le dire... Parce que je jette un regard critique sur les mécanismes sociaux qui ont conduit le canton dans la situation où il se trouve.

– F. M.: Parce qu'en l'absence d'un vert au gouvernement, la dimension écologique du développement durable sera oubliée. Et pour maintenir un équilibre qui me semble la seule façon de sortir ce canton de l'ornière, aussi bien financière que psychologique. La crise a assez duré. n

* Coopérative de réparation et de récupération, La Bonne Combine a été fondée en 1980. Transformée depuis en société anonyme, elle occupe une quinzaine de personnes dans la région lausannoise.

 
  
 
 
 
Qu'allez-vous faire au gouvernement vaudois?
François Marthaler revendique la continuité de Philippe Biéler; Jacques-André Haury se voit plutôt en remodeleur d'équilibre politique.
Propos recueillis par Laurent Busslinger et Yelmarc Roulet
Le Temps: Jacques-André Haury, au vu du résultat des élections fédérales, la revendication libérale d'un deuxième siège au gouvernement vaudois est-elle encore légitime?

Jacques-André Haury: Il ne s'agit pas d'une légitimité de parti, mais de personne. Quel que soit l'élu, il sera légitime dès lors qu'il aura été désigné par le peuple. La fragile majorité quatre-trois de centre droit actuelle ne donne pas un discours extrêmement clair à la population. On a affaire à une équipe de gens qui administrent plutôt qu'ils ne gouvernent. Après un compagnonnage de trente ans avec la classe politique, sur le siège du passager et du copilote, je me crois apte à remplir ces fonctions. On me prête une certaine vision, une certaine poigne.

– François Marthaler, vous revendiquez la continuité de la formule gouvernementale. Un droit des Verts d'avoir un siège au gouvernement?

– François Marthaler: Un droit, je n'aurais pas la prétention. Je pense aussi que c'est une élection de personnes. Mais j'adhère à l'équilibre qui a été trouvé au travers du programme de législature. Ce document n'a été soutenu ni par Jacques-André Haury ni par Josef Zisyadis, je tiens à le souligner. On peut reprocher à ce programme d'être le résultat d'une réflexion de centre mou. Il n'en aboutit pas moins à une solution de redressement des finances cantonales d'ici à la fin de la législature (2007), ce qui est déjà un joli défi. Je tiens à assurer la continuité, non seulement de Philippe Biéler, mais aussi celle de l'action gouvernementale dans sa composition actuelle. Je peux difficilement faire confiance aux «écologistes de droite» comme ils se sont eux-mêmes désignés.




 

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